ALEDJO : LES VRAIES RAISONS DE LA REPRISE DES TRAVAUX

Elle ne cesse de défrayer la chronique ces derniers jours. Elle, c’est la reprise des travaux sur les contournements Alédjo 1 et Alédjo 2. Le sujet continue d’enfler la polémique, au point de mettre le ministre des Infrastructures et des Transports, Ninsao Gnofam, et le ministre d’Etat, Adji Otèth Ayassor, ministre de l’Economie et des Finances, au centre d’une controverse que l’on a vite fait d’assimiler à un détournement de fonds. Retour sur une affaire dont nous vous livrons les pièces manquantes du puzzle.
« Assurons-nous bien du fait avant que de nous inquiéter de la cause ». Cette pensée de Fontenelle a toujours guidé notre quête de vérité dans bien des dossiers. En effet, depuis quelques semaines, la route de contournement de la faille d’Alédjo est fermée aux usagers. Objectif : reprendre les travaux pour les rendre conformes aux normes et standards requis. Aussitôt ouverte, aussitôt fermée. La curiosité est évidente. Sans doute ! Et l’opinion peine à trouver les vraies raisons de cette reprise des travaux.
Aux origines du projet
Grâce à ses excellentes relations bilatérales avec la Chine, le Togo a négocié et obtenu de l’Empire du Milieu, la construction, la rénovation et la réhabilitation de certaines infrastructures routières dans le cadre du Projet d’action prioritaire en matière d’infrastructures. L’ingénierie chinoise en matière des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) a été ainsi sollicitée par le gouvernement togolais qui fait la toilette de son parc routier depuis belle lurette. Plusieurs chantiers dont celui des contournements de la faille d’Alédjo et de Défalé estimés à un coût global de 22 milliards FCFA ont donc été confiés à la Chine.
Or, ce que beaucoup ne savent pas, la plupart des pays asiatiques dont la Chine sont exigeants dans les processus d’appels d’offres qu’ils tiennent à lancer chez eux. Ce fut le cas en amont des différents travaux à réaliser dans notre pays, où les appels d’offres ont tous été lancés en Chine. Ce qui a conduit à l’attribution des marchés à la Société nationale chinoise des travaux de ponts et chaussées (SNCTPC), avec un cahier de charges en bonne et due forme. Le Togo n’avait donc que des observations à faire dans la réalisation des travaux, mieux, une infime marge de manœuvre. Seul le choix du bureau de contrôle a été laissé à la charge de notre pays. Et c’est le bureau d’études CIRA (Conseil Ingénierie et Recherche Appliquée) présent dans une vingtaine de pays en Afrique qui a été recruté par l’Etat togolais pour contrôler les travaux.
L’habileté du ministre Gnofam sur le chantier de Défalé
Le contournement de Défalé est le premier chantier sur lequel l’entreprise chinoise a mis le cap au nord. Et tout allait bon train quand, selon nos informations, le ministre Ninsao Gnofam, au cours d’une mission de terrain, s’est rendu compte des défaillances techniques dans l’exécution des travaux sur ce contournement, à la suite des rapports qui lui ont été envoyés par le bureau d’études CIRA sur les manquements constatés. Selon nos recoupements, la planche d’essai ne dépassait pas 300 m, mais la société chinoise SNCTPC a tiré l’enrobé sur une distance de 2 km. Le principal problème qui s’est posé est celui de l’Uni (terme technique en matière de travaux publics pour désigner l’uniformisation du nivellement de la route, NDLR) qui a été mal faite. Mais la société chinoise n’a pas voulu reconnaître ses erreurs, arguant qu’elle ne faisait que respecter les prescriptions du cahier de charges que les autorités chinoises lui ont confié. L’Etat togolais a décidé de recruter un expert indépendant, malien d’origine, pour contrôler la qualité des travaux en exécution sur le contournement de Défalé. Le constat est identique celui des services techniques du ministère des Travaux Publics et des Transports d’alors. Sur insistance du ministre Gnofam, la Société nationale chinoise des travaux de ponts et chaussées a corrigé les anomalies constatées, avec au finish, un enrobé d’une épaisseur de 8 cm.
Alédjo, le contournement de la discorde
Comme sur le chantier de Défalé, le ministre Gnofam s’est montré intraitable, selon nos indiscrétions, dans la réalisation des travaux sur le contournement de la faille d’Alédjo. Là aussi, le bureau d’études CIRA a tiré la sonnette d’alarme à travers des rapports déposés sur la table du ministre de tutelle. Lors d’un autre voyage à l’intérieur du pays le samedi 17 janvier 2015, le ministre Gnofam, alerté d’un grave accident qui se serait produit sur le contournement de la faille d’Alédjo, se rendant sur les lieux, a constaté que la route souffrait d’autres imperfections. Travail bâclé, aspects techniques non respectés, etc. Aussi bien la fondation, la couche de base que le béton bituminé ont été mal faits.
Selon nos informations, cette situation a fait l’objet de nombreuses plaintes du ministre Gnofam auprès des autorités chinoises. Des échanges épistolaires ont eu lieu entre les deux pays. Le Laboratoire national des bâtiments et travaux publics du Togo (LNBTP) a été mis à contribution par le ministre Gnofam pour contrôler la qualité du travail qui a été fait, indépendamment d’autres contrôles effectués. C’est ainsi qu’il a été demandé à la société chinoise de refaire l’enrobé en mettant cette fois-ci une quatrième couche dite d’accrochage entre la couche de base et le béton bituminé. Les travaux devraient alors reprendre. Ordre a été donné à la SNCTPC par Pékin de reprendre l’exécution de cet ouvrage qui a été entre-temps ouvert à la circulation.
Le gouvernement togolais, ayant mis à profit la période de garantie donnée après la réalisation des ouvrages d’infrastructures routières, n’a pas réceptionné ces travaux. A en croire nos recoupements, c’est la raison pour laquelle aucune cérémonie officielle n’a eu lieu à ce jour par rapport à ces travaux de contournement de Défalé et de la faille d’Alédjo qui couvrent une distance précise de 29,97 km.
Détournement de fonds ?
C’est la question qui fâche. Mais selon nos différents recoupements, il n’est pas aisé de l’affirmer, puisque dans les procédures chinoises en matière de marché, les transactions financières se déroulent à Pékin. Et au regard de nos investigations et des informations recueillies, il est difficile de le prouver.
Autre preuve de la responsabilité de la société chinoise dans la mauvaise exécution des travaux Alédjo 1 et Alédjo 2, le limogeage du Directeur général de la SNCTPC, Liang Qing Shan, par ses supérieurs hiérarchiques. L’information est parvenue à notre rédaction en début de semaine. Selon des indiscrétions, il ferait ainsi les frais de la mauvaise exécution des travaux de contournement Alédjo 1 et 2.
Le coût de la reprise des travaux sur le contournement d’Alédjo revient entièrement à la Société nationale chinoise des travaux de ponts et chaussées. Un coût estimé à environ 3 milliards FCFA selon nos investigations.
En rappel, c’est la Société nationale chinoise des travaux de ponts et chaussées qui a réhabilité la Nationale N°2, entre le Rond Point Port et Avépozo sur une distance d’environ 9 km. Elle est l’attributaire du marché devant des pointures comme Sogea Satom ou encore Colas. L’appel d’offres de ces travaux a été lancé par le gouvernement togolais sur financement de la Banque africaine de développement (BAD).
Eyram LAWSON
Partager sur Google Plus

QUI SOMMES-NOUS? Redaction GAPOLA

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire