SOMMET SUR LA SÉCURITÉ ET LA SÛRETÉ MARITIMES: UNE VICTOIRE POUR LA DIPLOMATIE TOGOLAISE MAIS LE PLUS DUR EST ENCORE DEVANT

Faure Gnassingbé, Président du Togo
Après plus d’une année de préparation et d’intenses activités diplomatiques, le Sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la sûreté et la sécurité maritime et le développement, dont les travaux ont débuté le lundi 10 Octobre, s’est achevé samedi denier 15 Octobre par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement et la signature de la Charte africaine de la sécurité maritime
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Ont pris part à ce Sommet de samedi, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Kenya Uhuru Kenyatta, le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le Président de la RASD Brahim Ghali, celui de la Côte d’ivoire  Alassane Ouattara, le Sénégalais  Maky Sall, le Congolais Denis Sassou-Nguesso, l' Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, le Bissau-guinéen José Mário Vaz,le  Guinéen Alpha Condé, le Malgache Hery Rajaonarimampianina
la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, le Burkinabe Christian KABORE, le Béninois Patrice TALON (venu par la route), le  Ghanéen John Dramani MAHAMA et le Mauritanien Mohammed Ould Abdel Aziz
Le Président nigérian Muhamadu Buhari en déplacement au Nigéria, était quant à lui représenté par son vice-président Yemi Osinbajo, tandis que le camerounais, Paul Biya, a laissé sa place à son ministre de la Justice. Le Gabon, l’Algérie, Sao Tome et Principe et la Somalie étaient représentés par leurs Premiers Ministres. 


Au total, dix-sept Chefs d’Etat et cinq Chefs du gouvernement ont fait le déplacement de Lomé pour ce Sommet extraordinaire qui aura quand même réuni 43 pays sur les  54 que compte l’Union Africaine et dont 38 sont des Etats côtiers, soit plus de 13 millions de km² de zones économiques maritimes.

L’absence qui aurait le plus fait jaser dans les coulisses du sommet serait celle du Président camerounais Paul Biya. C’est en effet à Yaoundé, au Cameroun, que s’était tenu le dernier rassemblement de Chefs d’État sur la question de la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée, en 2013. Le Sommet de Lomé s’inscrivant dans la suite logique de ceux de Yaoundé et des Seychelles, a plutôt embrassé large et a visé le continent africain tout entier. On pouvait penser que le Chef de l’Etat camerounais aurait tenu à marquer de sa présence, la continuité des projets. Mais cela n'a pas été le cas et d'aucuns ont vite franchi le cap en évoquant une "jalousie diplomatique", le jeune ayant vu plus grand que le doyen. Et l'adoption de la Charte a d'ailleurs  éclipsé totalement ces épiphénomènes. 


Il est très important de noter que le secrétaire général adjoint des Nations Unies Carlos Lopes,  le ministre français de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian et le Commissaire de l’Union Européenne en charge de l’Environnement, des Affaires maritimes et de la Pêche ont également pris part aux cérémonies d’ouverture et de clôture. Cette présence a permis de rehausser grandement la dimension internationale de ce Sommet au-delà du continent africain. 


Au regard du nombre de Chefs d’Etat et de Gouvernement ayant participé au Sommet et de la signature de la Charte africaine sur la sécurité maritime, on peut comprendre le satisfecit du gouvernement togolais qui parle de "renaissance diplomatique et de reconnaissance à l’égard du Togo". Il est vrai que la Charte n'a pas été signée par tous les Etats à l'unanimité. Mais comme la Charte est placée sous l'égide de l'Union Africaine, tous ses membres présents ou pas, signataires ou non en  sont liés. Les réticences toucherait  essentiellement le volet financement des dispositions prévues par la Charte selon certaines indiscrétions. Même si l’on ne sait toujours rien du contenu de la Charte, il semblerait, selon certaines indiscrétions recueillies auprès de sources proches du Sommet, que certains Etats veulent continuer à se vautrer dans un laisser-aller suicidaire qui ont prévalu dans le secteur et auraient demandé à  ce que de nombreuses dispositions contraignantes de la Charte soient édulcorées. Tout compte fait, le fait pour le chef de l’Etat togolais,  Faure Gnassingbé et sa diplomatie conduite par le Professeur Robert Dussey d'avoir réussi à  relever le défi en réunissant la majorité des Etats africains autour de cette Charte constitue une victoire diplomatique sans précédent. Et ce n'est pas les compliments du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui a salué une Afrique « pionnière » en soulignant que l’Union européenne n’avait jamais organisé un tel sommet de chefs d’État sur la sécurité maritime qui feront croire le contraire. Tellement le ministre français était satisfait de la diplomatie togolaise qu'il n’a pas hésité, pour fêter l’événement, à accueillir dans la soirée du samedi 15 Octobre quatre Chefs d’Etat sur le navire français Dixmude, en escale dans le port de Lomé. 


Toutefois, bien que les autorités togolaises soient peu bavardes sur le contenu de la Charte, on sait d’ores et déjà que sa mise en œuvre ne sera pas facile. Selon le ministre togolais des Affaires Etrangères, M. Robert Dussey, la Charte de l’UA sur la sécurité maritime sera un cadre juridique permettant de mettre en place des politiques d’éradication de la piraterie, de la pêche illégale et de la pollution au niveau du Continent. Mais une fois la signature acquise, le texte aura encore un long chemin à parcourir. Des comités techniques devront être mis en place afin de rendre la Charte juridiquement applicable dans chaque pays, ce qui pourrait prendre un long temps si la flamme de veille n'est pas activée à cet effet, sans oublier des ratifications au niveau national qui seront nécessaires pour que la Charte entre officiellement en vigueur et applicable au niveau de chacun des Etats africains.


Autre difficulté de taille, la Charte a été initiée par l’Union Africaine mais, sa mise en œuvre opérationnelle incombera aux communautés économiques régionales qui devront notamment assurer le suivi des actions qui découleront du texte selon nos recoupements. En la matière, certains observateurs pensent qu'il faut continuer la bataille pour l'appropriation par les 54  Etats du contenu de la Charte car des exemples de projets panafricains restés lettre morte ne manquent pas. Le Sommet de Yaoundé par exemple avait mis en place une régionalisation des moyens de sécurité maritime dans le Golfe de Guinée. Sur les deux Centres régionaux de coordination prévus, celui d’Abidjan, le Centre régional de la sécurité maritime pour l’Afrique de l’Ouest n’a toujours pas vu le jour. Celui de Pointe-Noire, le Centre régional de la sécurité maritime pour l’Afrique Centrale n’arrive toujours pas à fonctionner en raison de très grosses lacunes techniques.
D'autre part, définir et mettre en œuvre une Charte pour lutter contre la piraterie maritime c'est bien. C'est même capital et indispensable. Mais avant tout, il faut aussi  s’attaquer aux racines du mal. En effet, la piraterie maritime, la pêche illégale et même la pollution ne relèvent pas de la génération spontanée. Elles sont généralement pratiquées sur les côtes africains par des Africains. Ces pratiques ne sont pas sans lien avec la pauvreté qui caractérise les pays et les populations du continent. « La résolution des problèmes africains passe d’abord par la lutte contre la pauvreté ». Cette observation a été faite samedi dernier par le Président tchadien Idriss Déby Itno, Président en exercice de l’Union Africaine. Intervenant à la suite du ministre français de la Défense, Idriss Déby Itno a appelé à prendre la sécurité maritime comme un « problème mondial auquel  l’Afrique est plus exposée par le manque de compétences et de moyens » avant de conclure : « La résolution des problèmes africains passe d’abord par la lutte contre la pauvreté. L’insécurité maritime, le terrorisme, le trafic de drogue… chaque fois, c’est le mal-développement de l’Afrique qui en est à l’origine ». 


L’absence de courage politique pour s’attaquer aux causes du mal plutôt qu’aux symptômes du mal est la complaisance congénitale de l’Afrique. C'est pourquoi, pour que  le nom de Lomé ne soit  associé à une Charte qui sera couverte de moisissures dans les tiroirs, le Président de la République Faure Gnassingbé et son gouvernement ne doivent pas dormir sur leurs lauriers. Le pas décisif est franchi et c'est une victoire pour la diplomatie togolaise. Il faut passer à l'étape de vulgarisation de la Charte  sur le continent et convaincre les différents états à se l'approprier. Une bonne stratégie  diplomatico-communicationnelle doit être définie par le gouvernement togolais sur la durée. C'est alors que le nom du Togo sera irrémédiablement lié à cette Charte qui mettra nos océans et mers à l'abris des fossoyeurs de l'économie de notre continent. 


Dimas DZIKODO
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