INCENDIES DES MARCHES DU TOGO / QUATRE ANS APRES: CONFIDENCES

Janvier 2013 - Janvier 2017. L’on se rappelle encore comme si c’était hier. Les incendies des marchés de Lomé et Kara ont plongé le peuple togolais dans un silence profond. Quatre ans après ces évènements douloureux qui continuent d’allier deuil, tristesse et amertume, « La Nouvelle Tribune » décrypte le processus d’une nuit d’enfer.

Les incendies des marchés intervenus en janvier 2013 et l’arrestation des responsables d’opposition qui, dans la foulée, ont suivi, laissent de tristes souvenirs aux Togolais.
Selon certaines sources, l’idée de « mettre le pays à feu et à sang » aurait été indirectement fournie par une frange de l’opposition, au lendemain de la réélection contestée de Faure Gnassingbé. Cette idée, pour le moins saugrenue pour des politiques responsables, parfois lancée sur des tréteaux de la parole, aurait pour but de susciter et de galvaniser l’adhésion populaire à la cause contestataire de l’opposition, le tout dans un esprit de défiance au pouvoir.
D’une analyse de Comi Toulabor, enseignant-chercheur, politologue, il relève qu’à la suite de la mobilisation du 12 juin 2012 du Collectif « Sauvons le Togo », une de ses plus grosses manifestations qui a surpris le pouvoir et semé la panique dans ses rangs, un petit groupe de réflexion (think tank) très confidentiel réunissant principalement quelques hauts gradés militaires et gendarmes a été mis sur pied pour travailler l’idée et lui donner corps. « L’opposition ignorait que le pouvoir allait récupérer l’opération Les Derniers Tours de Jéricho pour lui tendre un piège », confie Comi Toulabor à notre rédaction. « Ce n’est pas un hasard si l’incendie du marché Kara a coïncidé avec une précision nanométrique avec le début des Derniers Tours de Jéricho : le 10 janvier 2013 ! », déclare-t-il.
Selon ce spécialiste de l’armée, l’opposition a fourni au pouvoir de Lomé, non seulement le concept, mais aussi la date d’exécution de l’opération « Kabyè en colère », « Pya en colère » ou « Fire Power », entre autres codes qui seraient donnés par le think tank aux « Derniers Tours de Jéricho », où le mot « Tours » est remplacé par « Jours » et « Jéricho » compris comme synonyme du pouvoir de Faure Gnassingbé.
« Les Derniers Jours de Jéricho » tombaient à pic avec la sacro-sainte célébration du 13 janvier 2013, cinquantenaire de l’assassinat de Sylvanus Olympio. « Deux 13 dans une même date, cela arrive très rarement chez les Gnassingbé », affirme Comi Toulabor. « (…) Le très superstitieux pouvoir de Lomé y tenait fort et était prêt à payer le prix fort pour contre-conjurer les mauvais présages de fin de régime inscrits dans Les Derniers Tours de Jéricho », ajoute-t-il.
Le Collectif « Sauvons le Togo », engagé comme le pouvoir de Lomé dans une approche magico-superstitieuse de la politique, appuyait sur l’endroit précis où ça fait mal. Le régime profita de l’occasion pour épurer l’opposition, faisant d’un coup double, d’autant que s’annonçaient, à l’époque, des législatives incertaines. « Et cerise sur le gâteau, le vacarme soulevé par l’opération Serval, cette intervention de l’armée française au Mali à laquelle participe un contingent togolais a rendu inaudibles ou invisibles les bruits des gourdins, des gaz lacrymogènes, des violations des droits de l’homme, des cris des prisonniers politiques, etc. L’opération Kabyè en colère semble avoir eu raison, provisoirement du moins, des Derniers Tours de Jéricho », fait savoir l’enseignant-chercheur. « Si les incendies des marchés correspondent au mode opératoire du pouvoir, rappelons par exemple l’incendie de l’Institut Goethe en 2005 et la destruction récurrente de maisons d’opposants, ils ont eu comme point de suggestion initial, le discours imprudent et irresponsable d’une opposition pathétique, qui a toujours le nez dans le guidon, que le pouvoir Faure sait manipuler et instrumentaliser à sa guise », signale Comi Toulabor.
Cependant, poursuit-il, les experts du think tank n’ont pas vu venir le grain de sable qui enraye le dispositif huilé. « Le zèle avec lequel le pouvoir Faure et sa justice s’acharneront à arrêter, perquisitionner, convoquer, embastiller à tout-va de pauvres présumés pyromanes avant même tout début d’enquête sérieuse - le pouvoir Faure étant d’ailleurs complètement démuni pour mener ce type d’enquête au plan technique et judiciaire - finit par jeter le doute et le discrédit sur l’opération Pya en colère », note-t-il.

Des leçons à tirer

Selon Comi Toulabor, l’opération « Les Derniers Jours de Jéricho » et sa contre-opération « Fire Power » enseignent qu’à chaque fois que l’opposition chasse l’alternance sur le même terrain que le pouvoir, elle se fait battre à plate couture. « La violence, l’arbitraire, la démagogie, le mensonge, la radicalisation, la transmutation du politicien en pasteur born again, sont des domaines où il a toujours obtenu des notes d’excellence. Dans ces domaines-là, le régime est un professionnel chevronné, aguerri par une longue pratique dans la routinisation de l’Etat, alors que  l’opposition y est un véritable et piètre amateur. Ne cherchant guère à tirer leçon des vingt ans d’expérience de quête de démocratisation avortée, l’opposition est devenue le clone du pouvoir Faure, au grand dam des Togolais qui portent encore en elle leur confiance. Mais jusqu’à quand ? » S’interroge Comi Toulabor.

(Source : La Nouvelle Tribune 014)



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