PETER AFADODAN : "A TOUTE LA JEUNESSE TOGOLAISE, JE NE PEUX QUE LEUR DIRE DE TENIR BON. NOUS NE DEVONS PAS BAISSER LES BRAS. SI NOUS NOUS DÉCOURAGEONS, NOS ENFANTS VONT SUBIR LE PIRE."


Depuis le 19 août, le Togo est en crise sociopolitique avec des conséquences préjudiciables pour le vivre ensemble. Et des voix s’élèvent pour appeler à l’apaisement et au dialogue pour une sortie de crise. Dans une interview accordée à notre rédaction, Peter AFADODAN,  juriste, secrétaire général du parti CLE et  Président du Bureau Directeur Afrique du Mouvement Panafricain des Leaders MPL, estime qu’une sortie de crise de la situation actuelle passe par une alternance politique pour que  le Togo ne soit plus une exception dans la sous-région. Lisez plutôt.

Gapola : Quelle lecture faites-vous de la crise sociopolitique qui secoue le Togo depuis le 19 août dernier?



Peter Afadodan : La crise sociopolitique  qui secoue le Togo depuis le 19 Aout 2017 est née du fait de l’attitude de procrastination de la part du gouvernement dans la mise en œuvre  de l’accord politique global de 2006. Depuis l’alternance politique survenue en Gambie en 2016, le Togo est devenu une triste et dangereuse exception dans la sous région. Les togolais aspirent comme tous les autres  peuple du monde à la démocratie participative, à plus de liberté et surtout à l’alternance qui reste un droit naturel des peuples. Les togolais aussi veulent faire l’expérience de l’alternance, surtout, après cinquante ans de règne du parti au pouvoir. Les togolais  sont fatigués d’être indexés par les autres peuples de la sous la sous région comme étant un peuple  laxiste et moins exigeant. Les togolais attendaient un souffre nouveau pour redynamiser la lutte mais aussi pour fédérer les actions des forces démocratiques de l’opposition vers un seul but qui n’est que l’alternance politique. Le Président ATCHADAM TIKPI est un élément catalyseur que le peuple togolais, assoiffé de l’alternance, attendait.

Beaucoup disent que  le retour à la Constitution originelle de 1992  n'est qu'un alibi de l'opposition qui ne veut plus de Faure Gnassingbé. Qu’en pensez-vous?

La demande du peuple au retour à la constitution originelle de 1992 n’est que légitime et d’ailleurs, ce n’est que justice. La  constitution de 1992  est  celle que le peuple, qui est souverain, s’est donnée. Et cette constitution a été toilettée plusieurs fois, juste pour maintenir un homme et son système au pouvoir au détriment du bonheur des togolais.  Oui, les procédures de révision ont été légales mais, elles ont brillé par leur illégitimité. Les équilibres ont été brisés, les jalons  posés dans la constitution de 1992 ont été massacrés, les verrous ont été sautés et les standards ont été détruits par ces différentes révisions constitutionnelles opportunistes et au gré d’une seule personne. Bref, la constitution de 1992  a été vidée de sa substance originelle. La mobilisation actuelle du peuple pour un retour à la constitution de 1992 demeure légitime. Il s’agit pour le peuple togolais de remettre les pendules à l’heure. Cette demande n’est dirigée contre personne et pour le faire, c’est simple comme déposer une lettre à la poste. Il suffit de ramener par une loi constitutionnelle, tous les articles qui ont été toiletté dans la constitution de 1992. 

Pour résoudre cette crise qui a commencé par pousser des tentacules géants, le gouvernement a annoncé l’ouverture d’un nouveau dialogue inter togolais. Y-a-t-il nécessité d'aller à un nouveau dialogue aujourd'hui? Et si oui quels seront les sujets à débattre?


Le dialogue est la voie noble pour résoudre les crises sociopolitiques. D’ailleurs dès le 19 Aout 2017, notre parti CLE a publié un communiqué dans lequel, il demandait à toutes les parties prenantes à la retenu et a appelé le pouvoir et l’opposition à aller à un énième dialogue pour régler définitivement la crise. Mais, comme malheureusement dans notre pays, on aime plus la sagesse  de la force que la force de la sagesse, personne n’avait jugé utile notre appel. Je suis heureux d’apprendre que toutes les parties sont prêtes à dialoguer. Il faut alors que le gouvernement crée le climat qui doit faciliter ce dialogue, notamment le retour des militaires dans les casernes et la libération des prisonniers politiques. Il ne devrait pas avoir de sujet tabou à discuter au cours de ce dialogue qui doit être franc et sincère. A mon humble avis, les principaux sujet seront le retour à la constitution de 1992, les élections législatives et locales de 2O18, la question de la candidature du Président FAURE GNASSIGBE en 2020, le statut d’ancien chef d’Etat, la CENI, la cour constitutionnelle, la HAAC, l’armée et le gouvernement d’union nationale devant mettre en œuvre les conclusions qui seront issues de ce dialogue.

L’armée a-t-elle un rôle a joué pour une sortie de crise ?

Le seul rôle que doit jouer l’armée pour sortir de cette crise est de rester neutre, républicaine, désengagée politiquement, cesser d’être le bras armé d’un parti pour ne s’occuper que de sa mission principale qui n’est que la défense de l’intégrité territoriale.  La neutralité de l’armé est le gage de son engagement en faveur de la démocratie.
Pendant que l’opposition est dans la rue, la CENI se prépare pour l’organisation des futures élections. N’est-ce pas une erreur de l’opposition de boycotter la CENI ?


L’opposition ne boycotte pas la CENI. Elle estime que la composition de cette CENI est inique, illégitime et illégale.  Elle doit être refaite. Je partage absolument cet avis. Si non, comment comprendre que les partis comme PDR de Monsieur ZARIFOU AYEVA, un parti moribond, pratiquement inexistant sur la scène politique togolaise puisse représenter l’opposition extraparlementaire  dans cette CENI ?  Comment comprendre que CLE qui a participé aux dernières élections législatives et  qui a eu  plus de voix que tous les autres partis extraparlementaires ne soit pas présent dans cette CENI au nom de l’opposition extraparlementaire alors que la configuration  de la CENI doit refléter la configuration politique issue des dernières élections législatives. Cette CENI doit être purement et simplement refaite car elle comporte en elle-même  les germes de son illégitimité et son iniquité. 

Vous êtes jeune, et c’est la jeunesse qui paye le lourd tribut de cette crise. Qu’avez-vous à dire à cette jeunesse ?

Depuis le début de la lutte pour la démocratie au Togo, c’est la jeunesse qui a toujours payé le lourd tribut. Je m’incline devant la mémoire de tous ses jeunes qui ont été fauchés dans la fleur de leur âge. Ils sont morts pour que vive la démocratie dans notre pays. Leur famille doit être considérée comme les pépinières de la nation avec des droits y afférant. Je présente ici, toutes mes condoléances les plus attristées aux familles éplorées.

A toute la jeunesse togolaise, je ne peux que leur dire de tenir bon. Nous ne devons pas baisser les bras. Si nous nous décourageons, nos enfants vont subir le pire. Or imaginez vous le pire de notre situation actuelle. Dans tous les pays du monde, les jeunes sont en train d’écrire les plus belles pages de l’histoire de leur pays. Il est temps que, nous la jeunesse togolaise, nous écrivions les plus belles pages de l’histoire de notre pays le Togo. Écrivons-les…

Que Dieu bénisse le Togo !

Interview réalisée par la rédaction
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