DOSSIER : 2 MILLIONS FCFA D’EBOMAF POUR FAIRE TAIRE UNE FAUSSE COUCHE PROVOQUÉE A LASSA


Elle se croyait en terrain conquis quand elle a décidé d’exploiter en 2012 une carrière Lassa Elimdè, dans la région de la Kara, au nord du Togo. Raison de plus, quand cette société de travaux publics burkinabè dynamita les roches de la carrière, elle l’a fait sans commune mesure pour limiter les dégâts au sein de la population locale. Face aux désagréments et les menaces de la population, EBOMAF, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, était contrainte de dédommager les victimes du dynamitage du site. Et ceci, sans la prise en compte de plusieurs victimes.


Selon les experts de la question, le dynamitage d’une carrière avant son exploitation nécessite la mise en place d’un dispositif sécuritaire. Chose qu’aurait ignoré EBOMAF, bien qu’elle est dans le domaine des BTP, depuis plusieurs années et a gagné et continue de gagner plusieurs marchés de travaux publics dans la sous-région. Cette étape non observée à Lassa Elimdè a provoqué, en outre, la destruction et la fissuration des maisons, le décoiffement des  cases, l’endommagement des buttes, … et même une femme a fait une fausse couche. 




Non seulement, EBOMAF a manqué de sensibiliser la population du dynamitage de la carrière, elle a aussi manqué de déployer les mesures sécuritaires requises pour ces genres de travaux en vue de la protection de la population en passant par leur déplacement si les risques sont énormes.



 « Au début des travaux, nous n’étions même pas informés, ce sont les rumeurs qui nous informaient qu’il y a un site d’EBOMAF ici. Et nous avons été surpris par les détonations. Même les chefs des villages et canton sont avec nous, ils n’ont pas été informés. Et toutes les démarches que nous entreprenons c’est en accord avec eux », fulmine un habitant. « Il y a une femme qui est dans notre village qui a fait une fausse couche à la suite de ce dynamitage  », renchérit un habitant de la localité. Et ce dernier de  poursuivre qu’eux-mêmes ils ne savent pas les dommages qu’ils en courent sur le plan sanitaire à la suite du dynamitage.  




Au regard de ces dégâts, la population s’est mobilisée contre la société pour exiger réparation du préjudice en la testant en justice. Et c’est alors qu’elle a entrepris des démarches auprès des  autorités administratives locales pour dédommager les victimes du dynamitage de la carrière.



ENGAGEMENT RESPECTÉ SOUS MENACES



Bien qu’EBOMAF ait accepté le principe de dédommagement de la population, il a fallu cinq ans avant qu’elle ne s’exécute. Et ceci parce que la population a empêché et bloqué les engins de la société sur le site de la carrière.



« Il y a un an,  nous avons bloqué certains engins de la société que nous avons fait garder au niveau de la CNI de la police même s’ils sont venus nuitamment enlever certains engins avant parce qu’ils avaient eu vent qu’au sein de la population la grogne couve », explique Akizou Lemou, un policier retraité et porte-parole des victimes.  Et de poursuivre  la semaine dernière « lorsqu’on a bloqué le reste de leurs véhicules ils ont en même temps dépêché des émissaires du Burkina Faso et de Lomé pour qu’ils commencent l’indemnisation de la population cette semaine (NDLR : la semaine dernière ».



DILATOIRE



Quand EBOMAF a été finalement contrainte d’indemniser les1030 personnes répertoriées, grosse a été la désillusion de celle-ci. Il se fait qu’une partie des victimes ne se retrouve pas sur la liste des ayants droits.



Effectivement, ce lundi, l’indemnisation a démarré. C’est l’esplanade de la préfecture de la Kozah qui a servi de cadre à cette opération. 

« Je suis allé, ils ont fouillé la liste et m’ont dit que mon nom n’y figure pas. Je ne comprends rien puisque j’ai été recensé et ma maison a été marquée. Nous qui sommes proches du site, on ne trouve pas nos noms. Alors que ceux qui sont à plus de 5 km retrouvent leur nom et sont indemnisés », confie Rachid qui n’arrive pas à contenir sa colère.



« Ce qui est bizarre est que le quartier qui est au cœur de la carrière même la plupart de ses habitants ne retrouve pas leurs noms. J’étais à côté de quelqu’un qui avait une construction inachevée, c’est moi qui l’ai même inscrit sur la liste mais bizarrement il est indemnisé à hauteur de 70 000F alors que moi-même je ne figure pas sur la liste », déclare Ouro-Koura Moutarou.



« Alors que nous étions enregistrés maison par maison. Aujourd’hui, nous sommes venus, l’indemnisation a démarré mais plus de 130 ménages n’ont pas leurs noms sur la liste. Et nous sommes mandatés par la population pour toucher le préfet puisque c’est lui qu’on a contacté au début », indique Essowè.



Pour cette victime, cette action qui, au départ était menée en accord avec les chefs de village, est en train d’être fissurée quand ces derniers ont touché leur part. « Celui qui a mangé et celui qui n’a pas mangé, ils ne peuvent pas s’amuser ensemble. C’est nous qui sommes lésés et nous voulons prendre à bras le corps l’affaire nous-mêmes c’est pourquoi nous avons formé un bloc pour réclamer nos droits. Les chefs ont reçu leur part et ils nous ont abandonnés », insiste Moutarou.



PROMESSE NON TENUE



Au départ, les experts gouvernementaux ont proposé une indemnisation de 250 F par fissure. Suite au refus catégorique de la population, EBOMAF en tenant compte de ses propres barèmes a relevé le montant et a défini un taux forfaitaire de 50 000F pour chaque ménage. « Ce barème est une imposition, mais au nom de l’apaisement, nous avons l’accepté puisqu’ils nous disaient que les 50 000 F c’est un bonus car même si tu n’as pas de dégât tu prends 50 000 F. C’est à cause de ça, les victimes ont accepté », explique Lemou.



« C’est de l’injustice, c’est deux poids deux mesures. On sait qu’on n’a pas  les mêmes maisons, on n’a pas vécu le même drame psychologique mais c’est inadmissible que certains touchent 2 millions d’indemnisation et que d’autres n’obtiennent rien », avoue Pyalo qui confie que c’est à minuit que la dame qui a fait fausse couche a été appelée pour venir toucher une indemnité de 2 millions.

                                    

Pour la population de Lassa, l’entreprise EBOMAF qui selon elle n’a pas reçu l’agrément requis a laissé  une mauvaise image au sein de la communauté. Elle préconise  qu’elle puisse solder rapidement la question des indemnités pour qu’elle en finisse avec cette histoire. C’est pourquoi dit Lemou, « nous avons décidé d’accepter leurs indemnisations comme telles pour qu’on en finisse et pour nous libérer. Pour nous, l’essentiel maintenant c’est qu’ils partent ». Mais prévient-il, s’ils ne veulent pas obtempérer, on sera obligé de recourir à d’autres  mesures draconiennes. Toutefois, il ne dévoile pas ces mesures.



Le porte-parole de la population de Lassa reproche aussi à la société EBOMAF de n’avoir rien fait sur le plan social au profit de la population locale. « Aucune réalisation sociale n’est à mettre à l’actif d’EDBOMAF dans le village. Ils n’ont rien fait. Pas même une route, c’est seulement les sentiers menant à leur carrière qu’ils ont construit. C’est pour cela que nous réclamons nos droits et leur départ», conclut-il.

La population de Lassa et l’entreprise EBOMAF finiront par s’entendre sur le minimum ? C’est le wait and see…



Dossier réalisé par Gapola et Togoscoop
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1 commentaires:

  1. C'est triste. En tant qu employé dans cette structure, je suis vilipende moi même. Jc

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