BRVM/ DR EDOH AMENOUNVE : "NOUS AVONS BESOIN D'UNE BOURSE RÉGIONALE QUI REFLÈTE LE TISSU ÉCONOMIQUE DE L'ENSEMBLE DES PAYS DE L'UEMOA"


A Lomé, la capitale togolaise où, il a participé mardi, à la cérémonie de la première cotation d’Oragroup à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM),  Dr Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la bourse a eu à échanger avec les professionnels de médias sur les activités de la BRVM. Dans cet entretien avec le www.gapola.net, Dr Amenounve rassure sur l’avenir de la BRVM, invite les PME des différents pays de l’UEMOA, à se faire coter pour relever le niveau de la capitalisation boursière dans l’espace et parle du positionnement de la BRVM vis-à-vis des autres bourses. Lisez plutôt !



GAPOLA : Quelle est la situation actuelle de la BRVM ?



Dr Edoh Kossi Amenounve : Aujourd'hui nous venons d'admettre la 46ème société à la bourse de la BRVM. Oragroup avec une capitalisation d'introduction de 284, 6 milliard de FCFA, est la plus importante admission à la côte de la BRVM depuis sa création. Je peux dire que notre groupe continue d'attirer des émetteurs. Nous en avons eu une dizaine au cours des 5 dernières années, 20 depuis la création et je crois que c'est un signe encourageant pour la BRVM et pour l'ensemble de notre sous-région.



Sur le plan de l'animation du marché en termes de volume et de valeurs de transactions, nous avons effectivement enregistré une contraction de nos activités au cours des 10 dernières années essentiellement liée à la conjoncture internationale en matière de développement économique. Je crois qu'aujourd'hui avec les indicateurs de la BRVM qui sont revenus aux verts depuis quelques semaines, nous pouvons dire que notre bourse commence par retrouver des couleurs et cela est très important pour encourager les investisseurs à continuer à venir à la BRVM.



Oragroup est cotée en bourse quel profit pour l'entreprise et pour la BRVM ? 



Côté une entreprise c'est d'abord une décision importante pour l'entreprise de s'ouvrir au public c'est à dire de se laisser juger par le public, d'avoir des actionnaires qui sont publics et diversifiés, ce qui est extrêmement important. D'abord l'entreprise voulant s'introduire en bourse commence par lever des capitaux auprès d'un certain nombre d'actionnaires. Vous avez vu tout à l'heure la répartition de souscription à l'opération d’Oragroup dans toute la sous-région. Et au-delà, la levée de ressources sert à l'entreprise à financer des investissements.



Une entreprise ne vit que de  financement d'investissement pour accroître ses capacités de production, développer son réseau de distribution, quelques part développer ses activités, générer des revenus supplémentaires, générer des bénéfices supplémentaires et rémunérer de façon plus importante ses actionnaires. C'est le but de l'entreprise. La bourse donne l'opportunité aux entreprises de faire ça, d'être dans cette logique de création de richesses, de création d'emplois dans une économie. Une fois que l'entreprise a levé les ressources, les actionnaires qui ont participé à l'opération ont bien envie d'avoir la possibilité de céder ses actions pour ceux qui n'ont pas participé d'acquérir les actions qu'ils veulent. C'est ça la bourse. La bourse est là pour offrir l'opportunité aux investisseurs de pouvoir acheter et vendre les actions de l'entreprise cotée à tout moment.


A partir d'aujourd'hui,  ceux qui ont investi dans Oragroup ont la possibilité quand ils ont envie de pouvoir vendre et ceux qui n'ont pas participé et qui ont les moyens d'acheter les actions, ils peuvent désormais acheter les actions d'Oragroup. On a un marché qu'on appelle secondaire qui est animé au quotidien pour permettre l'achat et la vente des titres des sociétés cotées.

Depuis son existence, la BRVM n'a enregistré que 20 entreprises cotées. Y a-t-il des difficultés ce qui fait qu'au niveau de l'espace UEMOA, les entreprises n'arrivent pas à rentrer en bourse? 

Depuis la création de la BRVM, nous avons eu effectivement 20 nouvelles introductions mais nous sommes partis avec 34 sociétés  cotées héritées de l’ancienne bourse des valeurs d'Abidjan. 20 c'est peut-être pas beaucoup mais dans la moyenne qui n'est pas éloignée d'une ou 2 entreprises par année. A partir de 2014, nous avons accélérer la cadence. Nous avons développé des actions qui nous ont permis d'attirer de nouvelles entreprises et nous avons eu 9 nouvelles entreprises au cours des 5 dernières années, ceci n'est pas négligeable. Il est vrai qu'on peut faire mieux, qu'on peut aller au-delà de certaines performances. Il est vrai qu'on peut attirer d'autres entreprises à la côte de la BRVM. C'est pour ça que nous menons des actions de promotion à l'endroit des différents pays de l'UEMOA pour inciter les entreprises à venir à la côte.

Le financement de l'économie peut se faire par l’État, par les institutions pour le développement à travers des projets d'infrastructures qui permet de créer les conditions de développement économique. C'est ce qu'on voit souvent avec ou les financements directs dont bénéficient les États ou évidemment la levée de capitaux sur le marché obligataire. Mais le développement économique c'est aussi le secteur privé, c'est aussi les entreprises dans une économie qui doivent lever des ressources pour financer leur développement et c'est à ça que sert véritablement la bourse. C'est pour ça que la BRVM a été créée pour doter notre Union d'un instrument capable de donner la possibilité aux entreprises en se faisant cotées, de lever des ressources et de participer au développement économique dans la sous-région. Vous avez dit qu'il y en a très peu c'est vrai mais il y a eu des privatisations, au total 9. Nous avons eu 10 actions volontaires, une sortie de fonds Privat. Il faut que nous continuions nos efforts et c'est dans cette logique que nous sommes maintenant pour attirer de nouvelles entreprises et cela se fait souvent sous 3 formes: ou c'est les privatisations, c'est l'occasion unique pour les États de développer l'actionnariat populaire dans un pays. Au moment de la privatisation, l'état a la possibilité de céder la participation dans une entreprise publique ou semi publique en laissant la population de devenir actionnaire. Il y a aussi les admissions volontaires c'est à dire des sociétés qui n'ont pas de participation étatique et qui décident elles-mêmes de venir se faire coter à  la bourse et  ces sociétés sont là nous devons les encourager et nous pensons qu'elles doivent comprendre les mécanismes d'introduction à la bourse pour venir. On a vu beaucoup de banque comme Corse Bank International, banque filiale BMCE, Ecobank....

Il faut bien maintenant que les sociétés privées au Togo, Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal et des autres pays emboîtent les pas des autres entreprises privées qui ont décidé de venir à la bourse. Mais j'avoue que ce ne sont pas des décisions faciles, ce sont des engagements de très long terme, c'est un processus exigeant parce qu'il faut revoir l'organisation, améliorer la gouvernance, la qualité de l'information diffusée, adopter la règle de la transparence. Mais au fond, une fois qu'on l'a fait, on est dans une autre dimension, on est dans une dimension plus transparente qui permet à l'entreprise de quelque part avoir une publicité, une promotion, une relation avec le public qui est différente des entreprises qui n'ont pas fait le choix. Nos efforts vont dans le sens d'encourager les États à privatiser par le marché, d'amener les entreprises privées détenues par quelques actionnaires à s'ouvrir au public mais aussi d'encourager les fonds de Private comme ESP, comme les autres qui sont dans la sous-région à faire leur sortie par la marché. Si nous arrivons à conjuguer ses 3 sources d'alimentation de la bourse, je pense que nous aurons de nouvelles entreprises qui verront à la côte de la BRVM.

Je ne voudrais pas oublier les PME qui constituent la grande majorité des entreprises dans nos pays, c'est les moteurs de la croissance, c'est l'avenir. Il faut les financer, elles ne sont pas financées ou sous financées, donc elles n'arrivent pas à jouer leur rôle. Ça fait des années qu'on a fait ce diagnostic et qu'on cherche à trouver des solutions. La solution ne peut pas venir d'un acteur du système économique et financier. C'est une conjugaison d'effort de plusieurs acteurs et chaque acteur doit jouer sa partition. Tout ce qui nous concerne à la BRVM, c'est de faire en sorte que les PME qui ont un fort potentiel de croissance puissent venir sur le marché pour lever des ressources et financer les investissements à long terme. C'est pour ça que nous avons créé le 3ème compartiment qui est en place depuis 2017.

Nous avons compris que les PME de l'Union n’étaient pas forcément prêtes pour venir directement sur le compartiment et qu'il fallait les accompagner. C'est pour ça que nous avons mis en place le programme Élite, un programme d'accompagnement sur 2 ans. Aujourd'hui, nous avons 20 PME qui sont inscrites dans ce programme d'accompagnement et qui suivent des cours ou de séminaires de formation de renforcement des capacités sur la gouvernance, sur le plan d'affaires, sur l'évolution d'entreprise, sur la compatibilité. Ces entreprises, nous espérons qu'elles vont venir sur le marché au cours des prochaines années. Je voudrais saisir l'occasion que vous me donnez à inviter les autres PME de notre union à emboîter le pas de ces PME qui ont déjà fait le saut du programme Élite, de venir voir comment la BRVM peut les aider à se développer davantage.

Quelle place occupe le Togo à la BRVM ? 

Le Togo occupe la 4ème place, nous avons 46 sociétés cotées maintenant avec une valeur phare la SONATEL au Sénégal. La première place est occupée par le Sénégal avec ces 3 sociétés cotées, la deuxième la Côte d'Ivoire avec sa trentaine de sociétés cotées ensuite le Burkina Faso avec ses 3 sociétés cotées et le Togo aujourd'hui avec ses 2 sociétés ETI et Oragroup qui représente environ 11% de la capitalisation boursière de la BRVM. Je dirai que c'est un positionnement important mais il faudra que ça aille plus loin, pas seulement pour le Togo mais pour les autres pays aussi. Nous avons besoin d'une bourse régionale qui reflète le tissu économique de l'ensemble des pays de l'UEMOA.

Nous avons une concentration aujourd'hui sur le secteur bancaire. Je l'ai dit, nous avons 15 banques cotées dont Oragroup est la 7ème, qui viennent sur le marché au cours des 5 dernières années. Il nous faut des entreprises industrielles, il nous faut des entreprises de télécommunications, il nous faut des entreprises qui viennent de l'agro-industrie. Tout ça constitue le tissu économique de notre région. Toutes ces entreprises devraient être représentées à la bourse pour que la BRVM soit le baromètre de l'économie régionale. C'est là qu'il faut faire et c'est ça notre engagement et c'est ça notre ambition qui est de faire en sorte qu'il y ait une représentation large de tous les pays de l'UEMOA à la BRVM dans les différents secteurs d'activités, ce qui ferait que quand on regardera l'évolution de la BRVM on peut toute suite dire que l'économie régionale se porte bien ou mal. C'est un véritable baromètre.

Quel est le comportement de la BRVM par rapport aux autres bourses régionales, africaines et mondiales?

On peut voir l'évolution d'une bourse sous plusieurs angles. Il y a la capacité de la bourse à attirer de nouvelles entreprises à la côte. Sur ce plan, sans nous nous comparont aux bourses mondiales, où l'admission à la côte est quasiment semblable à une routine, nous sommes bien au-dessus de la moyenne des bourses africaines au cours des dernières années. Depuis 2017 jusqu'aujourd'hui, la BRVM a réalisé par rapport à la plupart des bourses africaines des introductions en taille significative. Nous sommes la 6ème bourse sur le continent en termes de capitalisation. Je pense qu'au regard du poids économique de notre Union nous devons être mieux positionné si nous attirons plus d'entreprises à la côte. Maintenant, s'agissant de l'évolution des cours et des indices, toutes les bourses mondiales et africaines ont connu des difficultés en 2018. Cette difficulté que ces bourses ont connue s’est atténuée au cours de cette année 2019 et les indices de la BRVM ont retrouvé de la couleur au cours de l'année 2019. Cela veut dire que la bourse reste un instrument de financement incontournable pour le développement économique. Cela veut dire aussi que les investisseurs continuent par avoir foi en la bourse pour pouvoir placer les épargnes et espérer des revenus futurs importants à la hauteur de leurs attentes. Au-delà des entreprises qui viennent solliciter le marché, il y a des investisseurs qui apportent leurs épargnes. Il faut que les entreprises puissent lever les ressources, créer de la richesse, distribuer des dividendes, montrer des opportunités de croissance suffisantes pour que les investisseurs puissent avoir confiance en elles. Tout ce que nous envisageons dans nos pays avec les plans nationaux de développement, on va pouvoir y arriver parce qu'il y aura du financement, de la création de richesses, de la création d'emplois et par conséquent de la prospérité pour nos populations.

Interview réalisée par Thierry AFFANOUKOE
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