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5 mars 2020

Les recettes de Gerry Taama pour l’alternance au Togo


Selon les résultats définitifs proclamés mardi  par la Cour constitutionnelle, Faure Gnassingbé est réélu Président de la République togolaise avec plus  de 70% des suffrages au sortir du scrutin  du 22 février dernier. Pour Gerry Taama, ce score réalisé par le candidat de l’Union pour la République (UNIR) démontre que les Togolais ne se sont pas encore décidés de changer ses dirigeants. Le leader du Nouvel Engagement Togolais (NET, parti d’opposition), dans une de ses publications sur sa page Facebook appelle les citoyens à mettre fin au double jeu. Le député estime que "l’attitude duplexe" du peuple profite au régime en place et amenuise les chances d’une alternance politique sur la Terre de nos Aïeux. Lisez plutôt !

C'est bien fait pour nous

Il y a quelques jours, j'ai écrit un hommage à Omar B, et j'ai déploré que les Togolais ne puissent pas payer 2000f pour les concerts de nos artistes. Plein de personnes ont commenté en disant qu'elles ne trouvaient pas à manger pour ensuite payer 2000 pour un concert. Et pourtant, les mêmes personnes écument les bars et biberonnent à longueur de journée des bouteilles de bières. Il y a plus de bar au Togo que de librairie ou salles de spectacle. La brasserie est l'une des sociétés qui cartonne le plus. Ça marche tellement bien qu'une seconde brasserie va ouvrir ses portes, bientôt.

Je suis écrivain. Je vends plus les livres en France qu'au Togo. Je suis éditeur et libraire. J'ai fermé boutique faute de marché. Un livre vendu à 5000, le Togolais va te dire c'est cher, mais un casier de Pils, il va descendre ça tranquillement vendredi soir. Il te dira que c'est pour chasser les soucis.

Au Togo, tout le monde veut le changement mais personne ne veut changer. Nous sommes 7 millions dans ce pays, si un million de personnes cotise 1000 f pour un candidat, ça fait un milliard et il aura réellement les moyens pour faire face au candidat du pouvoir. Mais dès qu'on parle de cotisation, on ne voit personne, après c'est pour venir insulter les leaders de l'opposition de tous les maux. J'en connais tellement de ces leaders qui font des prêts pour aller en campagne et qui se retrouvent seuls à les payer, après. La campagne des leaders de l'opposition cette année faisait pitié, et pourtant, il aurait suffi de 1000 f par personne: le prix de 2 Pils, avec même la monnaie. Ça aurait changé tellement de choses. 

Nous avons 9389 bureaux de vote. Si des bénévoles se dévouent pour être délégués, superviseurs pour les candidats de l'opposition on ne parlera plus de bourrage ni de vol d'élection. Ils empêcheront la moindre fraude présumée. Mais presque 60% de bureaux de vote n'avaient pas de délégués du côté de l'opposition. Résultat. Difficile de trouver les PV. Mais les gens restent chez eux, et après c'est pour se faire passer pour des parangons de vertu. Si les candidats à cette élection pouvaient produire 9389 PV qui donnent des résultats différents de ceux de la CENI, même la Cour constitutionnelle n'aura d'autre choix que d'annuler les élections. Mais où trouver ces PV alors que les grandes gueules restent dans leur salon à pianoter sur leurs téléphones. Bientôt, vous allez entendre des gens crier sur tous les toits qu'ils ont été délégué et on ne les a pas payé. Tu veux le changement et tu ne peux pas consacrer une journée de ta vie pour ce changement. Il est temps de se dire les vérités, même si ça fâche. Chose même curieuse, UNIR à plus de bénévoles que les partis d'opposition. C'est un peu le monde à l'envers. 

J'ai vu la campagne d'UNIR, j'ai vu tous ces jeunes qui sont montés dans les bus, ont brandit les t-shirt et casquettes, ont crié un coup K.O ou rien. Certains parmi eux reviennent nous dire aux lendemains des élections que ça ne va pas au Togo. Mais ces gens qui étaient des milliers aux meetings d'UNIR venaient d'où ? Cessons de nous rabattre les oreilles avec ces histoires d’import-export ou de billet bleu. Quand on ne veut pas, on dit non. Quand on fait campagne pour quelqu'un, on vote pour lui, bien entendu. Ce que tu fais dans la journée devant tout le monde, pourquoi tu ne la feras pas dans l'isoloir ? 

Nous sommes ce que nous méritons de ce pays. Nous sommes un peuple de migrants, habitués à nous adapter pour survivre. Nous sommes un peuple de jouisseurs, hédonistes impénitents portés sur les plaisirs immédiats. Nous sommes un peuple de fuyards, à la jactance facile mais au courage difficile. 

Le jour où le peuple décidera résolument de changer ses dirigeants, aucun président ne pourra y résister. Mais ça commencera par un changement de mentalités. Autrement, je vole pour vous dire, mais ça risque encore de durer longtemps, ce système. A la fin, il faut même se dire qu’UNIR est le seul parti à avoir cerné la vraie nature des Togolais.

Je me suis engagé en politique pour essayer de changer les choses. Mais on n'y parviendra pas en sacs être francs, parfois crus envers nous-mêmes. Aujourd'hui, 50% de la population togolaise à moins de 35 ans. C'est à cette jeunesse de prendre le pouvoir, de dicter aux dirigeants sa volonté. Mais ceci passera pas plus de responsabilité, plus d'engagements, plus d'implication. Les jeunes ne peuvent plus se planquer en mettant invariablement la responsabilité de la situation sur ceux qui, depuis des décennies essayent tant bien que mal d'entretenir la flamme de l'alternance. Tant que la fête de la bière restera le spectacle le mieux fréquenté à Lomé, nous serons toujours mal barrés. 

Comme je le dis souvent, ma liberté de parole ne va jamais être occultée par le fait que je sois à la tête d'un parti politique. Je continuerai, chaque fois que je le jugerai utile, à m'exprimer comme le citoyen que je suis. Les canaux officiels du parti sont là pour l'expression partisane.

Gerry TAAMA
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